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Émile
Durkheim,
(1897)
Le suicide
Notre première tâche
doit donc être de déterminer l'ordre de faits que nous nous proposons
d'étudier sous le nom de suicides. Pour cela, nous allons chercher si, parmi
les différentes sortes de morts, il en est qui ont en commun des caractères
assez objectifs pour pouvoir être reconnus de tout observateur de bonne foi,
assez spéciaux pour ne pas se rencontrer ailleurs, mais, en même temps, assez
voisins de ceux que l'on met généralement sous le nom de suicides pour que
nous puissions, sans faire violence à l'usage, conserver cette même
expression. S'il s'en rencontre, nous réunirons sous cette dénomination tous
les faits, sans exception, qui présenteront ces caractères distinctifs, et
cela sans nous inquiéter si la classe ainsi formée ne comprend pas tous les
cas qu'on appelle d'ordinaire ainsi ou, au contraire, en comprend qu'on est
habitué à appeler autrement. Car ce qui importe, ce n'est pas d'exprimer avec
un peu de précision la notion que la moyenne des intelligences s'est faite du
suicide, mais c'est de constituer une catégorie d'objets qui, tout en pouvant
être, sans inconvénient, étiquetée sous cette rubrique, soit fondée
objectivement, c'est-à-dire corresponde à une nature déterminée de choses.
Or, parmi les diverses espèces de morts, il en est qui présentent ce trait particulier qu'elles sont le fait de la victime elle-même, qu'elles résultent d'un acte dont le patient est l'auteur ; et, d'autre part, il est certain que ce même caractère se retrouve à la base même de l'idée qu'on se fait communément du suicide. Peu importe, d'ailleurs, la nature intrinsèque des actes qui produisent ce résultat. Quoique, en général, on se représente le suicide comme une action positive et violente qui implique un certain déploiement de force musculaire, il peut se faire qu'une attitude purement négative ou une simple abstention aient la même conséquence. On se tue tout aussi bien en refusant de se nourrir qu'en se détruisant par le fer ou le feu. Il n'est même pas nécessaire que l'acte émané du patient ait été l'antécédent immédiat de la mort pour qu'elle en puisse être regardée comme l'effet ; le rapport de causalité peut être indirect, le phénomène ne change pas, pour cela, de nature. L'iconoclaste qui, pour conquérir les palmes du martyre, commet un crime de lèse-majesté qu'il sait être capital, et qui meurt de la main du bourreau, est tout aussi bien l'auteur de sa propre fin que s'il s'était porté lui-même le coup mortel ; du moins, il n'y a pas lieu de classer dans des genres différents ces deux variétés de morts volontaires, puisqu'il n'y a de différences entre elles que dans les détails matériels de l'exécution. Nous arrivons donc à cette première formule : On appelle suicide toute mort qui résulte médiatement ou immédiatement d'un acte positif ou négatif, accompli par la victime elle-même. |
mardi 29 septembre 2015
sociologue n°3: Emile Durkheim
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